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Le bombardement allié contre le IIIe Reich et les autres pays de l'axe cadrait bien avec la stratégie de guerre périphérique générale de la Grande-Bretagne. C'était une offensive inattendue contre l'ennemi dès l'ouverture des hostilités, un signe montrant tant aux amis qu'aux ennemis que la Grande-Bretagne et les États du Commonwealth n'entendaient pas donner un pouce de terrain aux régimes totalitaires. Le bombardement a ouvert une sorte de deuxième front pour les « pauvres » forces soviétiques assiégées, à un moment où aucun autre engagement, par exemple une campagne terrestre anticipée, ne pouvait être initié. Les lecteurs doivent retenir que cette question était particulièrement pertinente, du fait que, depuis le début des années 1940, on se rappelait avec beaucoup de peine le carnage généralisé qui a marqué le front occidental de 1914-1917. Même si, pendant les douze mois qui ont précédé les événements, le déroulement de la guerre s'était avéré plus fluide et dynamique, il fallait éviter à tout prix une nouvelle situation engageant un très grand nombre de forces terrestres dans une bataille sanglante sans issue. Or, les Soviétiques démarchaient avec acharnement pour obtenir un certain soulagement offensif; même les Américains, qui avaient accepté d'accorder la priorité à l'Allemagne sur le plan militaire, avaient particulièrement hâte d'en terminer avec la guerre en Europe afin de tourner le gros des efforts alliés contre les Japonais dans le Pacifique. Des pressions considérables s'exerçaient pour que l'on « précipite » l'invasion du nord de l'Europe, et ce, bien avant que la Grande-Bretagne et les États du Commonwealth ne se sentent en mesure de prendre part à une telle entreprise. Le bombardement représente donc, à plusieurs égards, la manifestation ultime d'une stratégie de « guérilla », caractérisée par une attaque contre un secteur important de l'ennemi, par exemple son potentiel industriel, lorsqu'une confrontation massive et directe n'était toujours pas une option viable.
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