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«Ha se de tomar –nos precisa Ortiz– el Madrigal, o Motete, o otra qualquier obra que se quisiere tañer, y ponerla en el cimba lo, como ordinariamente se suele hazer, y el que tañe el Violon puede tañer sobre cada cosa compuesta dos o tres differentias o mas».
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Les instructions relatives à la « troisième manière de jouer de la viole avec le clavecin » concernent les pièces « composées ». Elles nous confirment dans l’idée que dans les interprétations en solo (c’est-à-dire viole de gambe accompagnée par le clavecin), il était également courant (« comme il est habituel de procéder ») d’improviser des « diferencias » ou des diminutions sur des œuvres polyphoniques. « Il convient de prendre le madrigal ou le motet, ou toute œuvre que l’on désire jouer et, comme il est naturel de procéder, de l’essayer au clavecin; ainsi la viole peut jouer sur chaque pièce composée deux ou trois diminutions, ou même plus », précise Ortiz. Il poursuit en avertissant les violistes « qui feraient profession de cette manière de jouer, qu’elle est différente de celles exposées dans le premier livre, puisqu’elles s’attachent uniquement à l’exécution concertante avec quatre ou cinq violes, car pour ce qui les concerne, il est impératif pour une bonne exécution que le contrepoint soit toujours en correspondance avec le sujet ; il doit le suivre toujours afin d’éviter l’erreur dans laquelle tombent ceux qui, s’égarant à faire ce qui leur plaît, en viennent à perdre le sujet principal qui est le sujet composé. A contrario, dans cette manière de jouer (viole de gambe et clavecin) il n’est pas nécessaire d’être toujours lié à une voix, et même si la voix principale doit être la basse, on peut s’en écarter pour jouer selon sa convenance sur le ténor, l’alto ou le dessus, en prenant à chacune de ces voix ce qui convient. La raison de ce procédé réside en ce que le clavecin joue la composition parfaitement, c’est-à-dire qu’il en joue toutes les voix, alors que la viole l’accompagnera seulement en donnant de la grâce : à ce qu’il joue et en divertissant l’auditeur grâce aux sons différenciés des cordes ». A titre d’exemple de « ce qu’il convient de faire » lorsque l’on joue des pièces composées, Diego Ortiz écrit Cuatro Recercadas sobre el Madrigal « O felici occhi miei » de Jacques Arcadelt et Cuatro Recercadas sobre la Canción « Doulce memoire» de Pierre Sandrin, qui témoignent du bon goût et de la maîtrise de leur auteur dans cet art de la variation.
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