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Le troisième exemple datant de la République de Weimar est le film de Werner Hochbaum Zwei Welten (Deux mondes, Allemagne, 1930), qui fut réalisé à l'occasion des élections du Reichstag du 14 septembre 1930. Il s'agit sans aucun doute d'un des films électoraux les plus intéressants du SPD, entièrement basé dans la tradition du Document de Shanghai sur un montage en contraste marqué entre riches oisifs et prolétaires miséreux. Des joueuses de tennis mondaines de la haute société s'exercent à la conversation, tandis que, dans les rues, passe à pas lourds une armée de chômeurs. Un joueur de golf portant un monocle lève son verre à la santé de ses camarades de sport, alors que les demandeurs d'emploi font la queue à l'agence publique pour l'emploi. L'industriel fortuné amateur de golf se fait reconduire chez lui en calèche par le chauffeur, tandis qu'un des chômeurs retourne à pied dans son triste logement d'arrière-cour. D'autres casernes, sombres courettes d'immeubles, ruelles étroites, réduits et maisons à colombages délabrées défilent: les habitations du prolétariat. L'industriel troque entre-temps ses vêtements contre un uniforme nazi et rejoint au salon sa maîtresse qui s'ennuie. Comme très souvent chez Hochbaum, l'essentiel est contenu dans les prises de vues des détails, comme le passage de la caméra sur le brassard à croix gammée. Rarement un film avait-il décrit le lien étroit entre industriels et fascistes de manière aussi concise et acérée.
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