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ML: Aujourd’hui, il n’y a plus de tabous. À mon avis, cela a été une décision très positive que de publier tous les chiffres relatifs à l’emploi, à la croissance, aux salaires dans la fonction publique (même ceux des ministres) et au budget alloué au développement. Par le passé, toutes les statistiques provenaient d’une source unique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : maintenant, les sources d’informations publiques sont nombreuses, et les Tunisiens peuvent comparer, déterminer où se trouve la vérité, ou quels sont les vrais chiffres, et les vraies données sur telle ou telle activité du gouvernement. Cela fait partie de notre transition démocratique que d’apprendre comment gérer l’information publique, à laquelle ont désormais accès les citoyens. Il y a certes quelques points négatifs ; en particulier, nous n’avons pas toujours affaire aux médias classiques, comme les journaux, la télévision et la radio, où vous avez un droit de réponse, où les informations erronées peuvent être corrigées. À l’heure actuelle, un million de Tunisiens sont sur Facebook. Je vous laisse imaginer avec quelle rapidité l’information s’y répand... Nous sommes parfois désemparés face à des rumeurs qui se propagent en un rien de temps. Ainsi, il y a deux jours, lorsque je suis arrivée à Paris, j’ai appris que j’étais rémunérée 14 000 euros par mois. Imaginez, 14 000 euros, ça fait à peu près 30 000 dinars tunisiens… C’est parfaitement impensable ! Comment un membre du Parlement, quand bien même ce serait son président, pourrait-il percevoir un salaire aussi élevé ? Peut-être le président de la République, et encore, je ne pense même pas que son salaire atteigne ces hauteurs. Ce bruit a circulé partout sur Facebook, et mon mari a répondu : « Croyez-moi, c’est encore moi qui lui paye ses billets d’avion ! Et elle habite à côté de chez sa sœur, pas dans une demeure luxueuse… » Car je vivrais, soi-disant, dans une villa cossue. Ainsi, rumeurs et fausses informations sont véhiculées via Facebook ; c’est cela, l’aspect négatif. Pourtant, je pense que garantir la liberté et l’indépendance des médias est un choix irrévocable. Mieux vaut supporter cet abus, si l’on peut dire, de liberté, que de restreindre la liberté des médias. Selon moi, ces excès finiront par se réguler d’eux-mêmes.
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