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Le caractère frauduleux de toute l’expédition vient compliquer l’aspect proprement militaire de la prise de Nevis. Iberville, Serigny et leurs commis, certains marchands français et, pour ainsi dire, tous les officiers de l’escadre y compris Chavagnac, étaient impliqués dans cette affaire. À peine l’expédition avait-elle levé l’ancre pour les Antilles, au début de 1706, que le ministre de la Marine nommait une commission pour enquêter sur de prétendues malversations dont se plaignaient les armateurs, au sujet de la fourniture du premier équipement de l’escadre. Il était également question de marchandises chargées en France dans le but de faire du trafic clandestin, de l’administration des bénéfices provenant du butin et des vaisseaux saisis à Nevis qui semblait suspecte. L’enquête fut entravée par des délais innombrables et une confusion incroyable, qui fiirent traîner le procès en longueur pendant une trentaine d’années. Iberville mourut soudainement au début de l’enquête, ainsi que le commissaire de l’escadre, avant qu’ils aient eu le temps de mettre de l’ordre dans la comptabilité de l’expédition. En outre, les magasiniers de chaque navire n’avaient pas consigné les quantités de vivres et de denrées consommées au cours de l’expédition et, quand la flotte rentra en France, les fonctionnaires royaux ne firent pas l’inventaire des vaisseaux. Les capitaines refusèrent également de déclarer leurs cargaisons. Il s’ensuivit une multitude de condamnations et de jugements restitutoires. Iberville était mort, mais ses agissements furent jugés sévèrement et sa veuve se vit forcée de faire une restitution au nom de son mari. Iberville fut déclaré coupable d’avoir transporté de la marchandise, surtout du fer, pour se livrer à un trafic clandestin très lucratif à Saint-Domingue et à La Havane. Il aurait été, ainsi que les commis qui veillèrent à ses intérêts après sa mort, mêlé à des infractions concernant des prises de guerre et du butin et il fut accusé de s’être soustrait au paiement des taxes imposées par l’autorité royale et l’amiral. Le plus grand délit d’Iberville, cependant, fut le détournement de grandes quantités de vivres, fournies par les armateurs, qu’il vendit pour son propre compte. Dans l’ensemble, cette affaire causa énormément de ressentiment et de méfiance contre les Le Moyne en Louisiane, au Canada et au ministère de la Marine. Le ministre en fut si mécontent que l’avancement des Le Moyne, surtout celui de Serigny dont la culpabilité était plus f
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