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Borden se trouvait à la tête d'un gouvernement conservateur résolu à fournir un effort de guerre maximum, mais également chef d'un parti dont les perspectives de réélection semblaient sombres, d'après les résultats des récentes élections provinciales. La Loi concernant le service militaire non seulement offrait une solution à l'enrôlement militaire stagnant, mais avait aussi comme résultat de diviser l'opposition, puisque la plupart des libéraux anglophones étaient en faveur de la conscription tandis que les Québécois francophones se ralliaient à Laurier, qui s'y opposait. Les conservateurs convaincus tels que Robert Rogers pressèrent Borden de déclencher des élections sans tarder, mais ce dernier craignait deux choses : la désunion du pays et le pouvoir magique de Laurier en campagne électorale. Pendant tout l'été de 1917, après moult négociations tendues, Borden avait cherché à créer une coalition avec les libéraux en faveur de la conscription. À cette époque, Meighen était devenu un de ses confidents les plus proches. Borden le nomma secrétaire d'État et ministre des Mines en août. Meighen et son collègue du cabinet John Dowsley Reid travaillèrent étroitement avec le premier ministre à structurer le gouvernement d'union qui allait être formé en octobre. Tant Meighen que Reid étaient convaincus que Borden devait demeurer chef. Meighen passa au ministère de l'Intérieur, portefeuille très important traditionnellement confié à quelqu'un de l'Ouest, mais son prestige fut quelque peu atténué par l'inclusion, par le premier ministre, de trois éminents libéraux de l'Ouest : Arthur Lewis Watkins Sifton, Thomas Alexander Crerar* et James Alexander Calder. Le fait que son rival conservateur, Rogers, ait été écarté aida la cause de Meighen, mais il dut partager son influence, sur les plans administratif et politique, avec le ministre de l'Immigration, Calder. L'autre possibilité envisageable, une victoire des libéraux anticonscriptionnistes aux élections prévues en décembre, serait pire, décida-t-il.
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