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The first week, when we were already in the camp out there, I realised that the Soviet nationals received parcels, one parcel every month, and we never got any parcels, no one sent us anything from Hungary, but the others got them. And my Lithuanian and Polish fellow-prisoners who had Soviet nationality, always received a sort of wafer about so big, perhaps a bit bigger, in their parcels.
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La première semaine, lorsque nous étions déjà là-bas au camp, je me suis rendu compte que les ressortissants soviétiques recevaient des colis, un colis tous les mois et nous, on ne recevait jamais de colis, on ne nous envoyait rien depuis la Hongrie, mais ceux-là, ils en recevaient. Et mes codétenus lithuaniens et polonais, qui avaient la nationalité soviétique, recevaient toujours une sorte d’hostie de cette taille, peut-être un peu plus grande, dans leur colis. Un peu verte, un peu jaune, un peu rose… et je leur ai demandé : « c’est quoi ça ? » « Ah ! Chez nous, c’est une tradition populaire. C’est le « oplatka », c’est un mot polonais… c’est une habitude populaire, un symbole de l’unité et de l’amour familiaux. Au pied de l’arbre de Noël, le chef de famille donne cette hostie aux autres membres de la famille, ils en prennent un bout et chacun garde le sien. Ils envoyaient ça aux détenus pour qu’ils sentent que leurs familles continuent à les aimer. Il faut ajouter qu’on peut encore s’en procurer comme des décorations de Noël, j’en ai reçu cette année encore de Pologne. Sur l’emballage, il était marqué « oplatka ». Ainsi, J’avais déjà les hosties, mais pas encore de vin… Accrochez-vous ! Le Bon Dieu envoie un Jésuite italien, Pater Leone, il vit actuellement au Canada. Quand j’ai appris qu’il était jésuite, je l’ai abordé, non pas pour me plaindre - car, rappelez-vous, on ne doit pas se plaindre - mais pour lui dire : « j’ai déjà des hosties, mais pas de vin, donc je ne peux pas célébrer la messe ». Ce à quoi il répond : « pourquoi ? vous n’avez pas entendu parler en Hongrie d’un décret de Pie XII de 1942 qui autorise dans des circonstances exceptionnelles de remplacer le vin par du jus de raisin ? ». Mon Dieu ! Mes codétenus caucasiens, ressortissants soviétiques, Tadjiks, Azerbaïdjanais, Arméniens, Géorgiens… recevaient dans leurs colis des grappes de raisins car pour eux, le raisin est la base de leur alimentation et un symbole national : un raisin caucasien est plus grand qu’une prune chez nous. Je les ai exprimés et avec les premières gouttes de ce jus de raisin, j’ai pu célébrer la messe. La nuit, sur les châlits supérieurs, à plat ventre, nus, chassant les punaises… mais je pouvais célébrer la messe et le matin, je pouvais donner la communion à mes compagnons. Et j’ajoute pour vous que dans deux lager différents, des compagnons calvinistes m’ont dit: « parfois, nous vous envions, les papistes, parce qu’à la fin de votre confession, vous entendez
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