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En Europe, 22 % des cancers diagnostiqués sont des cancers dit « rares ». Pour ces derniers, il existe moins de traitements, et les taux de survie à cinq ans sont de 47 % contre 65 % pour les formes de cancer les plus courantes1. Le Dr Anna Kudryavtseva, fascinée par les problématiques scientifiques où les connaissances sont limitées, a décidé d’abandonner ses ambitions en chirurgie au profit de la biologie après un cours sur les organismes unicellulaires. « Il est plus intéressant de travailler sur quelque chose de complètement nouveau, qui n’a jamais fait l’objet de recherches appropriées », explique-t-elle. Pour les cancers rares appelés « paragangliomes », en particulier ceux de la tête et du cou, qui sont ses sujets d’étude, elle s’est efforcée de se fixer un objectif reflétant ses aspirations. Dans ces tumeurs rares, les mutations conductrices qui permettraient de mettre au point des traitements ciblés sont encore largement méconnues. Ces tumeurs, pour la plupart bénignes et à croissance lente, sont susceptibles de devenir malignes et de métastaser chez 10 à 15 % des patients2. Elles sont particulièrement dangereuses, car elles surviennent près de structures vitales comme l’artère ou la carotide, et résistent à la chimiothérapie et aux radiations. Ces cancers se caractérisent aussi par un dérèglement de l’aptitude cellulaire à produire et à utiliser de l’énergie, ce qui est une cause primaire de leur malignité, alors que pour la plupart des autres cancers, il ne s’agit que d’un phénomène secondaire. Cela donne un angle de travail idéal au Dr Kudryavtseva qui s’est préalablement penchée sur le métabolisme énergétique dans la progression des tumeurs. Elle effectue des analyses génétiques et épigénétiques d’échantillons de tumeurs, de sang et de ganglions lymphatiques, afin d’identifier ce qui différencie les trois formes les plus communes de paragangliomes de la tête et du cou. Ces modifications génétiques aideront à définir des marqueurs pronostiques de l’évolution maligne d’une maladie, afin que le traitement puisse être lancé et que de nouveaux médicaments puissent être mis au point. Une part importante de ces travaux consiste à corréler les modifications génétiques aux caractéristiques cliniques pour prendre en compte l’interaction entre les caractéristiques génétiques et les facteurs internes et externes.
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