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Le soir même du référendum, Lévesque dit aux Québécois qu’il y en aurait un autre, ce qui fâcha Trudeau. Le lendemain, sous les applaudissements unanimes des Communes, il annonça son intention d’aller de l’avant dans la réforme de la constitution, notamment en la rapatriant et en y incluant une procédure de modification et une charte des droits et libertés. Sa nouvelle équipe de conseillers constitutionnels, qui comprenait Pitfield, Lalonde et Michael J. L. Kirby, était dynamique et, tout comme lui, en avait assez de l’attitude conciliante que le gouvernement fédéral avait adoptée à la fin des années 1970. À la rencontre fédérale-provinciale de septembre 1980, les premiers ministres provinciaux étaient divisés, mais la plupart réclamaient une décentralisation. Par exemple, le premier ministre de Terre-Neuve, Alfred Brian Peckford, déclara préférer la conception du Canada exposée par Lévesque à celle de Trudeau, ce qui semblait vouloir dire qu’il aimait mieux la décentralisation que la centralisation apparemment prônée par Trudeau. Ce dernier avait espéré une meilleure réaction de la part des provinces. Peu après cette rencontre infructueuse, il réunit les membres de son caucus et leur demanda s’ils étaient prêts à mettre en œuvre la réforme « dans son entier » malgré l’hésitation des provinces. Ils acceptèrent avec enthousiasme. Le 2 octobre, Trudeau annonça à l’ensemble des citoyens que, comme les premiers ministres provinciaux n’arrivaient pas à se mettre d’accord, il était forcé d’entreprendre unilatéralement le rapatriement de la constitution. Les Canadiens, dit-il, devaient « endosser […] la responsabilité de préserver [leur] pays ». Le grand débat qui s’ensuivit divisa les partis d’opposition. Les conservateurs de Clark combattirent énergiquement le plan de rapatriement, tandis que deux premiers ministres provinciaux conservateurs, William Grenville Davis, de l’Ontario, et Richard Bennett Hatfield, du Nouveau-Brunswick, l’appuyèrent. L’aile fédérale du Nouveau Parti démocratique n’était pas unanime. Quatre de ses députés de la Saskatchewan se rangèrent aux côtés du premier ministre néo-démocrate de la province, Allan Emrys Blakeney. Celui-ci s’opposait au plan en vertu de l’argument traditionnel des conservateurs de Grande-Bretagne, à savoir que, dans le régime britannique, l’autorité suprême du Parlement ne pouvait être limitée par les tribunaux.
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