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Le rôle de député d’arrière-ban ne convenait pas à Sifton. En outre, il avait de moins en moins d’affinités avec le gouvernement et envisageait sérieusement de ne pas se porter candidat aux élections générales de 1908. Puis, à la dernière minute, semble-t-il, il acquit la conviction que, s’il ne se présentait pas, il aurait l’air de s’avouer vaincu devant ceux qui l’accusaient de corruption. Aussi s’employa-t-il à remettre sur pied l’organisation libérale en Ontario et à assurer sa propre réélection dans Brandon. Son désaccord avec le gouvernement Laurier atteignit son point culminant en janvier 1911 lorsque le ministre des Finances, William Stevens Fielding, annonça une entente de réciprocité avec les États-Unis. Les deux pays avaient convenu d’éliminer les droits de douane sur toute une gamme de produits de l’agriculture et de la pêche, sur la pâte à papier et le bois à pâte, sur quelques produits partiellement manufacturés et sur le fil barbelé. En outre, ils imposeraient un tarif commun sur une autre liste de produits et un tarif réduit sur une troisième liste. Bien qu’elle n’ait ni levé toutes les barrières commerciales ni privé de toute protection les manufactures canadiennes, cette entente semblait être un grand pas vers le libre-échange et vers une union économique entre les deux pays. À la fin de février, au Parlement, Sifton exprima son opposition dans un vibrant réquisitoire. Le projet, affirma-t-il, allait à l’encontre des efforts déployés dans le passé en vue de créer un réseau d’échanges est-ouest, de maintenir des liens commerciaux avec la Grande-Bretagne et l’Empire et d’assurer au Canada non seulement l’unité économique, mais aussi une certaine indépendance à l’égard du grand pouvoir d’attraction et de la suprématie des États-Unis. Après avoir décidé de ne plus briguer un siège aux Communes, Sifton recruta des hommes d’affaires libéraux déçus par le Parti afin qu’ils s’associent à la campagne conservatrice contre la réciprocité et fit du travail d’organisation pour les conservateurs en Ontario. Comme le reconnaîtrait leur chef Robert Laird Borden, il contribua beaucoup à la victoire éclatante des conservateurs aux élections générales de septembre. Sifton, on pouvait le voir, était bien loin de ses principes libres-échangistes d’homme de l’Ouest. Ses anciens partisans dans Brandon et bon nombre de ses ex-collègues libéraux se sentaient trahis.
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