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Oui, il y a une vraie question qui concerne la manière d’occuper, de se réapproprier l’espace public, de questionner ce qu’on peut y faire. Parallèlement je ressens un besoin qui est à la fois proche de ces préoccupations – et décalé : un besoin proprement artistique, chorégraphique. Que l’assemblée soit dansante, dansée, en mouvement. C’est un espace qui est contigu aux espaces de protestation mais qui n’en est pas dépendant, il affirme aussi une dimension propre – qui contient des questions fictionnelles, poétiques et physiques. danse de nuit se trouve du coup à la croisée de ces dimensions, en frottement ou en résonance avec elles. Le fait de danser hors du théâtre n’est pas nouveau en soi, j’ai déjà fait beaucoup de projets se déroulant en plein air – je pense par exemple à Ouvrée, à Bocal. Mais là, le branchement est différent, ce n’est pas uniquement une question de « plein air », mais aussi d’affirmation, de visibilité. Une image m’avait frappé, étant enfant à Chambéry : celle de Daniel Larrieu répétant en extérieur, dans la cour du Palais-Royal, devant le ministère de la Culture, pour réclamer des espaces pour la danse. Ce que nous allons faire n’est pas tout à fait du même ordre, puisqu’il ne s’agit pas de demander un espace de travail, mais d’affirmer la rue comme un possible espace de représentation. Mais j’y vois une ligne d’affirmation assez proche. Et puis notre danse, elle est en partie abîmée par le béton. Elle est rendue plus brute, salie. Danser dehors, c’est faire le pari de perdre en clarté, en finesse, pour être sur ce terrain.
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