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On peut même aller plus loin. De toute évidence, Mussolini fut frappé par le tollé s’élevant, dans le monde entier, contre l’emploi des gaz toxiques par l’Italie en Éthiopie. Le lendemain du débat passionné au Comité des Treize, il ordonnera à Graziani de s’abstenir d’employer des armes chimiques jusqu’à nouvel ordre. Il veillera de près à ce que cet ordre soit respecté, et même lorsque la tempête se sera apaisée, vers la fin avril, il interdira l’usage du gaz moutarde, du moins pour un certain temps. De même, la manière dont Mussolini avait agi envers le CICR à Rome avait montré qu’il était suffisamment fin politique pour éviter de provoquer inutilement la Croix-Rouge, compte tenu du prestige indéniable dont elle jouissait. Au vu de ces réactions de Mussolini, on doit se demander si des démarches plus énergiques de la part du CICR, même si celui-ci était limité par la confidentialité, n’auraient pas contribué à persuader Mussolini de faire preuve d’une plus grande circonspection dans l’emploi d’une arme illicite. La question est d’importance, car la guerre chimique ne cessa pas le 27 avril 1936, c’est-à-dire la dernière fois qu’elle fut utilisée dans le conflit italo-éthiopien. Entre début mai 1936, où Addis-Abeba fut occupée, et mars 1939, l’Italie fasciste continua à utiliser le gaz moutarde contre les rebelles éthiopiens [26], sans que la communauté internationale ne s’en émeuve le moins du monde. En avril 1936, le CICR laissa passer une deuxième chance d’adopter une position claire et de la rendre publique.
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