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Les routes du Chili sont bien abruptes. Pas autant que l’Équateur, mais disons que les ingénieurs ne se sont toujours pas cassé la tête à faire passer les routes dans les montagnes et ont économisé sur l’asphalte. Du bel asphalte cependant. Dans une descente le long d’un lac, juste avant la dernière montée vers l’Argentine, j’évite quelques roches d’un petit éboulement. Je fais signe à Guillermo derrière de ralentir, ce qu’il fait, évitant les deux premières grosses roches, mais du coup, fonçant droit sur d’autres plus petites. Il perd le contrôle et termine sa course dans un muret de protection en ciment. Le vacarme de sa chute et de sa roue avant qui explose me fait tourner la tête. Je vois par dessus mon épaule le corps de Guillermo pirouetter sur le mur, me demandant par la suite comment il a terminé au sol avec heureusement que des déchirures cutanées aux bras. J’oublie ainsi de regarder devant, mon vélo percute une marche de béton de l’autre côté de la route et j’atterri dans le sable. Ma roue avant ne survit pas non plus. Je cours immédiatement voir si Guillermo est intact. Son casque a fendu, mais son corps et son esprit répondent. Nous voilà à dix kilomètres de l’Argentine, dans le no man’s land de la cordillère, sans roues avant et un peu sonnés. Nous rassemblons les pièces et faisons du pouce. Heureusement le troisième véhicule peut nous prendre ainsi que nos vélos. Nous revenons à la douane, chez Alicia, à côté de l’école, qui nous avaient hébergé l’avant veille. Nous laissons nos choses là-bas et le lendemain, nous descendons à Talca, 150 kilomètres plus bas, avec nos roues avant qui ne ressemblent plus à rien, dans l’espoir de trouver quelque chose d’équivalent. Je passe la journée à traverser deux fois la ville à pied, trouvant le meilleur que je peux dans différents magasins de vélo, alors que Guillermo reste près du terminal à trouver une solution pour ses plaies qui s’infectent. La chaleur est insupportable, et nous sommes heureux de remonter dans la cordillère et rester chez Alicia une journée supplémentaire pour bien désinfecter les blessures de Guillermo et remettre les vélos en ordre. Le lendemain, une camionnette nous ramène près du lac et reprenons la route un peu avant où nous l’avons laissé. Sur le lieu de notre accident, justement, un équipe s’affairaient à déplacer les roches sur la route.
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