|
|
We are playing with words, inclinations, rhythms, repetitions, echoes, sounds, continuously voicing and amplifying these various non-semiotic dimensions of language that give it its affective and emotional qualities; the way in which language touches us, how it is made, how it comes together, is similar to how poetry affects us.
|
|
|
N’est-ce pas précisément ce qu’est la lecture ? Quand on commence à lire, on ne sait jamais où l’on va, où la voix des mots lus (en silence ou à voix haute) va nous emmener. Lisa Robertson, une poétesse dont les textes délicats sur la lecture font fortement écho à mon observation de ce spectacle, décrit merveilleusement cette qualité de mystère que recèle la lecture : « Quand je lis, ma conscience de moi est non seulement suspendue, mais provisoirement abolie par le vertige suscité par le langage d’autrui. Je deviens un conduit, une gouttière. C’est un plaisir. » Et le plaisir, c’est précisément ce qu’on ressent tout au long du spectacle Voicing Pieces, dans une lecture enjouée du texte qui nous attend dans les trois cabines « champignonesques ». On trouve un plaisir dans les façons de lire, de poser sa voix, de prononcer les mots à voix haute dans l’inconnu, à les envoyer vers quelque chose qui est encore à venir, et notre lecture fonde l’événement, le spectacle auquel on participe. On joue avec des mots, des inclinations, des rythmes, des répétitions, des échos, des sons, des voisements. On amplifie sans cesse les diverses dimensions non sémiotiques du langage qui lui donne ses qualités affectives et émotionnelles, qui nous touche dans son modelage, son façonnement, sa convergence, à l’instar de l’émotion que suscite en nous la poésie. Ce spectacle est autant une exploration de la voix que de la lecture, une analyse de la relation complexe entre la lecture et la parole écrite, sa typographie, sa forme, sa position sur la page et sa dépendance de la voix, de sa dimension sensuelle, vocale et auditive. Il s’agit alors toujours de lecture à la limite paradoxale de l’intérieur et de l’extérieur ; la lecture relève de cette combinaison étrange que conjugue la notion d’« extimité » : il n’y aurait pas de lecture si quelque chose d’étranger, d’extérieur ne s’était pas produit dans ce que nous avons de plus intime. C’est peut-être pour cela que quand on lit, on a l’impression d’avoir la tête dans les nuages, ou en l’occurrence dans un nuage en forme de champignon qui, vu de l’extérieur, ressemble à une grotte. On est à l’intérieur, isolé, seul, mais en même temps, à une proximité obscène de sa propre voix qui nous revient à travers la multiplicité de voix secouant les manières dont chacun habite son corps et son espace de lecture solitaire. Cela peut être mis en lien avec la politique de lecture suspendue entre la structure écrite de la page et la multiplicité
|