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Une des fonctions de St-Laurent l'amenait forcément à voyager. En effet, à titre de chef du parti, il devait se montrer dans toutes les régions du pays pendant les campagnes électorales. Après son accession au poste de premier ministre en novembre, une élection était prévue en 1949. Les progressistes-conservateurs, qui formaient l'opposition officielle, avaient à leur tête un nouveau chef, l'ancien premier ministre de l'Ontario George Alexander Drew. De belle apparence et énergique, il promettait du changement par rapport aux libéraux qui, selon ses dires, avaient entaché la bureaucratie fédérale d'un réseau d'influence rouge. Toutefois, ce qui comptait davantage pour le grand public que la menace du communisme, problème pris en main outre-mer par l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord et par une diplomatie vigoureuse, c'était la forte prospérité du Canada. Le produit national brut avait augmenté de façon considérable, le chômage avait presque atteint le plancher observé en temps de guerre et 634 ;millions de dollars avaient été versés en 1948 en prestations destinées aux anciens combattants, en services de santé, en allocations familiales et en pensions de vieillesse. Au cours d'une tournée dans l'Ouest en avril 1949, St-Laurent reconnut cette prospérité, de façon incontestable et avec beaucoup de sincérité. Même s'il avait le tempérament d'un avocat d'entreprise réservé et plutôt rigide (son secrétaire et, ultérieurement, son biographe, Dale Cairns Thomson, parlait de son peu d'intérêt pour la « conversation légère et les échanges humoristiques »), il avait un air bienveillant, des allures de grand-père que venaient renforcer sa tenue impeccable et sa moustache blanche. Pendant la campagne, un journaliste le surnomma « oncle Louis » et cette appellation lui resta. Le 27 juin, l'oncle préféré de tous conduisit les libéraux vers la victoire, avec la majorité la plus marquée depuis la Confédération pour ce parti : 193 des 262 sièges que comptaient les Communes et près de 50 % des suffrages exprimés.
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