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, Auguste Achintre nous le décrit comme un homme « grand, mince, osseux, long en col, haut sur jambes, le front découvert, les os des joues proéminents, l’œil vif, la parole brève ». Toujours en mouvement, « il ne marche pas, il court : s’il s’arrête parfois c’est en voiture, pour gagner du temps, déchiffrer vingt dépêches télégraphiques et y répondre ». La clé de son succès réside dans une imagination débordante qui sait mobiliser des ressources éparses alentour de projets vite conçus et vite exécutés, une endurance physique hors du commun, une audace et un sang-froid tant dans la conception que dans l’exécution des projets, une morale des affaires assez élastique, ainsi qu’une curiosité toujours en éveil. Ces qualités lui permettent de réunir autour d’un projet des capitalistes montréalais, à qui il verse des intérêts élevés, des fondés de pouvoir régionaux qu’il intéresse par des commissions ou des bénéfices et une main-d’œuvre locale à bon marché. Il connaît tous les trucs, – escompte de lettres de change, chèques sans provision, hypothèque des biens, manipulation à des fins personnelles des fonds des sociétés commerciales qu’il gère, oubli volontaire des échéances, taux d’intérêt usuraire, spéculation rapide, et autres – pour se pourvoir de fonds de roulement. C’est un chef d’orchestre dont la faiblesse est de jouer sans partition – Senécal n’a aucune comptabilité de l’ensemble de ses transactions – et de ne pas répéter : s’il aime concevoir et exécuter des morceaux, il n’aime pas les mûrir dans le détail.
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