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Pas du tout. Une personne bilingue peut parfaitement réaliser une bonne traduction. Mais une traduction, ce n’est pas juste trouver une équivalence dans une autre langue. Il y a un contexte, un processus d’adaptation et le respect de contraintes techniques. En ce qui concerne le processus de traduction audiovisuelle du doublage, il y a un problème de synchronisation, et surtout de rythme. On tente de s’adapter au maximum aux mouvements des lèvres des comédiens, au rythme du personnage, etc. Dans le sous-titrage, les problèmes rencontrés sont le nombre de caractères, le temps de lecture qui est différent du temps de compréhension orale. Et puis, il y a les particularités. Dans ma famille, il y a toujours eu plusieurs langues, la traduction était omniprésente. J’ai souvent entendu cette phrase : « Ça, c’est intraduisible ». Devenir traducteur a cet aspect troublant : tout à coup, on est là aussi pour ça, pour traduire l’intraduisible. On dit que la structure psychique d’un individu se construit sur la structure de la langue dans laquelle il apprend à parler. C’est ce qui fait que le rapport à l’humour, à la poésie, par exemple, est si particulier à chaque pays, voire à chaque région dans le cas de dialectes régionaux très présents. Le rythme de la langue est différent aussi. La structure poétique de référence en français est l’alexandrin, qui repose sur 12 syllabes. En Italie, c’est l’hendécasyllabe qui contient 11 syllabes. La traduction, c’est tenir compte de tous ces paramètres et ces contraintes. Trouver un équivalent sémantique ne suffit pas. C’est une vraie réécriture. Et en même temps, on dit qu’une bonne traduction audiovisuelle, dans le cinéma, est une traduction qui ne se voit pas. C’est tout le paradoxe, c’est notre « koan » à nous. Cela demande un regard d’ensemble et un savoir-faire qui sont souvent le fruit d’années de réflexion. Ce n’est pas pour rien qu’on n’excelle dans un art qu’après s’être longuement confronté à ses problématiques fondamentales.
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