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Vous savez, quand on grandit dans les Prairies, et qu’on marche dans le gumbo après une bonne averse, cela s’infiltre entre les orteils. Parfois on ramasse cet argile et on le façonne. C’était quelque chose qu’on trouvait intéressant à faire quand on était gamin. Plus tard quand je suis retourné aux études, parce que j’avais décroché en 9e année et qu’après, j’avais travaillé dans la construction, un des cours que j’ai suivis au Collège de Regina était le cours de poterie de Jack Sures. Et quand j’ai commencé à travailler avec l’argile, cela m’a rappelé ce que je faisais quand j’étais petit, dans le quartier est. Pour moi, c’est aussi comme jardiner. On travaille le sol, on l’encourage à produire quelque chose. C’est la même chose avec l’argile. Mes premières oeuvres avaient des liens avec la terre. Je faisais des cocottes que je remplissais de trucs qui ressemblaient à des écosses de pois ou des sculptures qui ressemblaient à des écosses de pois prêtes à exploser. Je tâtonnais encore, je cherchais comment m’exprimer mais cette première expérience avec l’argile, elle m’est restée. Je fais des tas de sculptures en bronze et en bois, mais il y a quelque chose de primaire dans l’argile. C’est la matière qu’on sort de la terre, la matière qui donne la vie. Vous savez, les scientifiques qui étudient l’ADN pensent que la vie est sortie de toutes ces sources primaires, de l’argile, du sol. On en sort et on finit par y retourner. Et puis, rien que l’idée qu’on puisse manipuler si facilement cette matière, la cuire pour qu’elle devienne dure comme de la pierre, la peindre, que ce qu’on fait avec est durable, c’est quelque chose qui me plaît énormément. Il y a aussi le côté risque parce qu’on ne sait jamais ce qui va se passer quand on met une sculpture dans le four, ce qui va en ressortir. Il y a quelque chose dans ce processus qui continue encore à me fasciner.
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