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“I was in prison, locked up with Russians. So I couldn’t really talk either. Basically, I didn’t realise what was happening to me, where I was, what I was doing there, what they were going to do with me. After two or three months, they transferred me to a single cell. And then the interrogations started, to get me to admit that I was a spy and who I was working for. There was an interpreter, a soldier from Transcarpathia who spoke Hungarian fluently. He said I should confess, because if I stretched it out I would die in prison. But I told him, “I haven’t been a spy. I don’t know what it means.”
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«J’ai été en prison, enfermée avec des Russes. Donc, je ne pouvais pas vraiment parler, non plus. Au fond, je n’arrivais pas à réaliser ce qui m’arrivait, où j’étais, ce que je faisais là, ce qu’ils allaient faire avec moi. Après deux ou trois mois, ils m’ont transférée dans un cachot isolé. Et là ont commencé les interrogatoires, que j’avoue que je suis une espionne, et pour qui je travaille. Il y avait un interprète, un soldat de Transcarpathie qui parlait bien le hongrois. Il me disait d’avouer car si je faisais durer ça longtemps, j’allais mourir en prison. Mais je lui ai dit : “Je n’ai pas été espionne. Je ne sais pas ce que c’est…” Il a insisté pour que je le dise, ce harcèlement, ce tiraillement a duré longtemps. Parce que les interrogatoires étaient de nuit, et de jour, on ne me laissait pas dormir. Il fallait rester debout dans la cellule toute la journée. Et un soldat veillait, à travers le judas, à ce que je ne me couche pas, mais que je me promène. En somme, ils me torturaient avec ça, pour que je dise au plus vite ce qu’ils avaient envie d’entendre. A la fin, je ne pouvais plus rien faire. J’étais tellement vidée : ils ne me laissaient ni dormir ni manger. Alors, j’ai dit qu’effectivement, j’étais espionne, mais je devais aussi signer un papier comme quoi je l’étais. Il fallait aussi que je dise où j’avais appris, dans quelle école, qui étaient mes profs… A ça, je ne pouvais absolument pas répondre parce que je n’étais pas espionne, je n’avais aucune idée de tout ça. Eux, avec les conseils de l’interprète, ont écrit ce qu’ils pouvaient. Puis, quelques mois sont passés. Et vers Noël on m’a appelée au bureau et il fallait que je signe que j’en avais eu pour 10 ans. L’interprète m’a dit que je partais pour 10 ans de travail forcé, mais que je n’aie pas peur parce que ça se passerait bien pour moi, que je pourrai même peut être survivre, et qu’après 10 ans, je serais libérée et je vivrai en Russie avec un emploi et un logement et que ça passera. J’étais presque contente…
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