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La politique de la terre brûlée a été le résultat de la politique britannique officielle. Après la reddition des principales forces sous les ordres du général Piet Cronje, à Paardeberg, à la fin février 1900, le commandant opérationnel britannique, le feld-maréchal Lord Roberts, a planifié la prise de Bloemfontein, dans l'État libre d'Orange, puis de Pretoria, dans le Transvaal5. Ces deux villes, où siégeait l'autorité politique des Boers, étaient considérées par les militaires comme des centres clés. La théorie appliquée à l'époque était celle du stratège Carl von Clausewitz, selon lequel il faut défaire l'ennemi avant de prendre ses principales villes. Roberts s'attendait d'autant plus à briser ainsi toute résistance que les Boers étaient apparemment incapables de freiner sérieusement la progression de ses troupes par des moyens traditionnels. Seulement, les Britanniques se sont heurtés à des forces irrégulières, le plus souvent issues de formations importantes reconstituées en petits commandos ainsi qu'à une résistance sporadique dans les régions habitées sur l'axe de progression des troupes. La guerre est devenue non linéaire; les Boers ont tendu des embuscades, ont placé des tireurs isolés derrière les lignes britanniques et se sont attaqués aux points faibles et vulnérables. La mobilité que leur donnaient leurs robustes chevaux, leur connaissance intime du terrain et leur capacité de se fondre dans la population civile favorisaient la guérilla. Le caporal A. S. McCormick, soldat d'infanterie du 2e Bataillon du Royal Canadian Regiment (service spécial), a été surpris lorsque, « à l'avant-poste près d'un village, un Boer qui se rendait au marché s'est arrêté pour parler un peu. Il nous a dit qu'il comptait travailler un mois dans sa ferme avant de reprendre le combat6. » À l'époque, Roberts estimait que les opérations de guérilla, bien qu'elles aient été importunes et qu'elles aient entravé la progression de ses troupes, ne posaient pas un réel danger. Sa réaction a été d'émettre une première proclamation (il y en aurait d'autres au cours des mois suivants) avertissant la population civile qu'elle serait châtiée si elle se livrait à des actes hostiles ou offrait le moindre soutien aux commandos.
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