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Dans les premières années du siècle, Signac peint des scènes des bords de Seine et des paysages méditerranéens. Il peint aussi Venise et ses monuments suspendus entre l’eau et le ciel, le port de Rotterdam avec sa confusion et son agitation intense, ou Constantinople qui apparaît dans ses toiles comme une mosaïque byzantine. L’admirateur de Claude Lorrain et de Turner compose alors des toiles dont le classicisme décoratif et les couleurs exaspérées sont bien éloignés de l’objectivité "scientifique" des débuts. A cette époque, les expositions consacrées à Signac se multiplient à Paris; en Europe, il participe à la plupart des grandes manifestations d’avant-garde comme la Sécession viennoise ou l’exposition du Sonderbund à Cologne. Son traité D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, publié en 1898 et réédité à plusieurs reprises, est lu par toute une génération de jeunes peintres, et nombreux sont ceux qui viennent lui rendre visite à La Hune, la villa acquise peu après son arrivée à Saint-Tropez. Son activité d’organisateur d’expositions au Salon des Artistes indépendants, dont il devient le président en 1908, contribue aussi à faire de lui une figure de premier plan de la scène artistique européenne. Au cours de la première décennie du XXe siècle, un intérêt renouvelé pour la couleur se manifeste, et de Matisse à Picabia, en passant par les futuristes italiens, sans oublier Mondrian et Kandinsky, la technique néo-impressionniste, librement interprétée, sera un passage libérateur qui ouvrira des voies nouvelles. Pourtant, 1910 marque le début d’une crise: Signac quitte Saint-Tropez en 1913 et s’installe à Antibes où la guerre le fixe momentanément. Cet anarchiste convaincu voit son univers et ses idéaux pacifistes s’écrouler: il peint très peu jusqu’en 1918. Après la guerre, il reprend les rênes des Indépendants, et la série d’études peintes à Antibes témoigne d’une vigueur et d’une énergie intactes. Signac reprend aussi ses pérégrinations qui deviennent quasi incessantes. Désormais, il sillonne la France, le pinceau d’aquarelliste à la main. S’il présente chaque année quelques toiles néo-impressionnistes au Salon des Indépendants, de vues de la Seine ou de Saint-Malo qui prouvent que sa passion pour la couleur est intacte, c’est l’aquarelle qui lui procure ses véritables joies d’artiste. Son dernier grand projet est celui des ports de France, peints à l’aquarelle, où de jour en jour nous pouvons suivre son périple. Signac traduit avec ardeur les aspects
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