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1894 : le baron français Pierre de Coubertin (1863-1937) refonde lors d’un congrès à la Sorbonne les Jeux olympiques (JO), hymne à la virilité, alliance du « muscle et du cerveau », dont seuls les hommes seraient capables. Aussi nul besoin d’en exclure formellement les athlètes féminines car leur absence va de soi : elles ne sont pas pensées car non pensables. Et les premiers JO de 1896 de se dérouler sans elles, à leur grand mécontentement. Malgré l’opposition misogyne du fondateur, largement répandue dans toute l’Europe, les JO de Paris comptent en 1900 22 sportives (Françaises, Belges, Italiennes, Russes, etc.) sur 997 concurrents, chaque sexe concourant séparément ; la tenniswoman britannique Charlotte Cooper (1870-1966) y est la première médaillée d’or. Toutefois, cette participation doit se limiter à des sports dits féminins, anciens loisirs de l’aristocratie (tennis, voile, croquet, équitation, patinage artistique), protégeant féminité et fécondité, mais aussi respecter la décence et éviter tout effort violent et continu, exigence incompatible avec le sport de haut niveau. C’est donc vêtue d’une jupe à mi-mollets, que la championne du monde de patinage artistique, la Britannique Madge Syers (1881-1917), est couronnée d’or à Londres en 1908, et de bronze en couple avec son mari. Ses compatriotes s’illustrent aussi, notamment l’archère Queenie Newall (1854-1929) qui se classe première sur 25 participantes britanniques, françaises et étatsuniennes. Malgré la ferveur populaire, les organisateurs des JO freinent toujours la présence féminine. Mettre fin à cette injustice devient à partir de 1917 le combat de la pionnière en aviron, Alice Milliat (1899-1938), présidente du club omnisport féminin Femina sport (1912) et trésorière de la Fédération française du sport féminin (1917). Elle réclame l’admission des sportives à toutes les épreuves des JO, rappelant que le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale invalide l’argument d’une « fragilité naturelle » avancé par leurs adversaires. En 1919, le Comité international olympique (CIO), entièrement masculin, refuse la féminisation des épreuves reines d’athlétisme aux JO d’Anvers. Cette année-là, la presse s’esbaudit moins de la médaille d’or de la patineuse Magda Julin (1894-1990) que de la « longue robe de velours noire égayée d’un col blanc » de la Suédoise. Pourtant de grandes figures apparaissent, comme la Française Suzanne Lenglen (1899-1938) surnommée la « diva du tennis ».
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