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Bon nombre d’officiers français trouvaient les opérations militaires dans les régions sauvages d’Amérique du Nord loin d’être à leur goût. La monotonie de tenir garnison dans des forts situés très loin du centre de la colonie sapait leur moral. Certains d’entre eux souffraient des nuées de moustiques et de mouches au point d’en être malades ou presque fous. Il était extrêmement pénible pour eux de n’avoir des nouvelles de France qu’une fois l’an et de se sentir impuissants, vu l’éloignement, à régler les difficultés qui pouvaient surgir dans leurs familles. Pour certains, l’apparente sauvagerie des Amérindiens était insupportable et ils ne voulaient rien avoir à faire avec eux. Les tactiques de la petite guerre pratiquée par les Canadiens, tant des troupes de la Marine que de la milice, étaient à cent coudées de leur conception de la guerre. Même d’après les critères européens, il y avait dans l’armée française de sérieuses lacunes pour ce qui était de la formation d’unités de reconnaissance et d’unités d’infanterie légères rompues à la guerre d’escarmouche et aux missions d’éclaireur. Lorsque des compagnies de l’armée furent désignées pour accompagner les Canadiens qui allaient se livrer à des raids dans les régions frontalières, les officiers furent fort décontenancés d’apprendre qu’ils n’étaient pas accompagnés d’hôpitaux ambulants ou de trains des équipages. S’ils étaient blessés, ils devaient s’arranger pour regagner tant bien que mal un poste français pour y recevoir des soins médicaux. Ils portaient eux-mêmes sur leur dos leurs provisions de bouche et leur matériel, tout comme les simples soldats. Trouvaient-ils une rivière sur leur passage, ils n’avaient d’autres ressources que de la traverser à la nage ou à gué. S’il arrivait que des Canadiens se voient intimer d’ordre de porter ces officiers de l’autre côté, obéissant à contrecœur, ils avaient la malencontreuse habitude de perdre pied au beau milieu du courant. Certains officiers français affirmèrent que ce n’était pas là faire la guerre et refusèrent d’y prendre part. Pour eux, les vraies opérations militaires exigeaient des quartiers sûrs et confortables, des domestiques, des civils, mercantis et goujats, à la suite de l’armée, des draps propres, des aliments bien apprêtés et du vin, à proximité du champ de bataille ou de la place fortifiée, où pouvait être mis à contribution tout l’attirail de la guerre de siège.
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