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Deleuze et Guattari, en revanche, ont rompu avec la signification de la subjectivité politique et consolident une pensée des différences qui, envisagées comme des forces, ne peuvent être attribuées à nul sujet ou objet, et font éclater les consolidations identitaires. Ces forces sont pré-individuelles, elles constituent des choses et des objets, elles forment un agencement de singularités dont l’événement procède potentiellement. C’est pourquoi, pour eux, la question du politique est la question de savoir comment les différences se nouent et selon quelle dimensionnalité (molaire, moléculaire). Les intensités, qui consistent dans le pur fonctionnement de cet agencement, sont à chaque fois plus individuelles et plus spécifiques qu’un sujet. Deleuze et Guattari ont tenté de décrire cela comme affectivité impersonnelle d’un affect pré-individuel – une conception qu’ils ont développée en recourant à l’idée médiévale de Duns Scot du haec, « cette chose », l’heccéité[18]. Une heccéité est un mode de l’individuation qui est plus individuel qu’un sujet ou qu’une chose. Devenir-minoritaire signifie ouverture sur cette heccéité non-subjective, par où la puissance du non-quantitatif est mise en valeur contre le quantitatif. Contrairement à Badiou, Deleuze et Guattari partent de là que ce devenir-non-quantitatif, ce devenir-minoritaire qui s’oppose à la représentation et à la réintégration, à lieu dans des combats concrets et avec des exigences particulières concrètes[19]. Ces différences acquièrent forme universelle non pas dans un Un, mais dans une relation réciproque qui prend en écharpe une politique anti-normative et anti-capitaliste, par où les différences ne disparaissent pas, mais deviennent quelconques[20].
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