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The best place for this kind of action is the "self", the ego, the subject, the point of attachment of the individual to the world: "I can clearly sense that it is much stronger than a feeling: the strangeness of my own identity, vivid though it has always been, never before touched me with such keenness. 'I' has clearly become the formal index of an unverifiable, impalpable concatenation. Between me and me, there has always been space-time; but at present there is the opening of an incision, and the irreconcilability of frustrated immunity." (Nancy, p. 36.) The concatenation in question is elsewhere called pratîtya-samutpâda, i.e. conditioned becoming, or causality.
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„Je le sens bien, c’est beaucoup plus fort qu’une sensation: jamais l’étrangeté de ma propre identité, qui me fut pourtant toujours si vive, ne m’a touché avec cette acuité. ‘Je’ est devenu clairement l’index formel d’un enchaînement invérifiable et impalpable. Entre moi et moi, il y eut toujours de l’espace-temps: mais à présent il y a l’ouverture d’une incision, et l’irréconciliable d’une immunité contrariée.“ (Nancy, p. 36) L’enchaînement dont il est question s’appelle, ailleurs, pratitya-samutpâda, le devenir conditionné, ou la causalité. Dans le premier bouddhisme, „ceci étant, cela a lieu“, toute chose est en constant devenir, les causalités sont complexes et incontrôlables, et tout dépend de tout. C’est bien pour cela que notre karma ne nous est jamais connu, il ne peut être qu’exemplifié par ce que nous sommes ou faisons à chaque instant, car il est en chaque moment recalculé d’après des enjeux qui prennent en compte tout le passé, et pas seulement le „nôtre“ propre, puisque, dans le passage d’une vie à l’autre, il n’y a pas de transmission d’identité individuelle. Ainsi le karma n’est-il pas une rétribution pour nos actions, il est la causalité complexe qui embrasse tous ceux avec qui nous sommes en interaction. A la limite, en le posant de manière presque anecdotique, c’est comme si le karma d’un(e) autre pouvait aussi coller à nous. Le karma serait également ce qui informe les différents degrés des kosa (poches de subjectivation allant se dissolvant). La subjectivation n’est tolérée en philosophie indienne (bouddhique ou brahmanique) qu’en tant que devenir provisoire, instable, flexible ou même fluide, coïncidence d’éléments qui seront à leur tour dépassés, tels que par exemple les cinq skandha, composantes psycho-physiques de l’identité subjectivante du bouddhisme. Et à corriger et dissoudre. Ce qui est sûr dans l’enchaînement de la causalité, qui tient compte de ce que la vie est partagée, c’est que le point de départ en est l’ignorance (avidyâ). Inconscience justement de ce conditionnement, du karma, de l’origine, du provisoire de toute identité. Ignorance de notre propre intrusion. Celle-ci, il faudra l’apprendre, douloureusement, car il s’agit de se déprendre de soi. Le soi, tout fictif[34] ancre ou éphémère qu’il est dans son désir (trshna) et dans son intérêt. Il plie le monde à sa perspective. Il tâche de se maintenir identique à lui-même autant que possible. Quand il n’y arrive pas, il ne se reconnaît plus, il se perd:
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