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L’œuvre de Ader ferait se rencontrer une représentation historique du romantisme classique et sa représentation vernaculaire dans la culture populaire contemporaine, passant du sublime au banal : un peu comme si la rhétorique pure était démantelée puis restaurée en expérience ordinaire. Par des stratégies conceptuelles, Ader recadre, sans jamais chercher à les valider, les motifs clefs du romantisme. En fait, Ader s’attache à rendre une représentation générique des sentiments du romantisme par l’expérience conceptuelle de leur mise en scène, avec cette particularité que tous ces clichés de la quête romantique, Ader ne les décrit pas ou n’essaie pas d’en livrer l’essence par le biais d’une interprétation, il les expérimente vraiment. L’œuvre de Ader n’est pas tragique, elle est au sujet de l’idée du tragique : entre le désir et le doute, l’expérience et la spéculation, l’artiste scrute d’un point de vue critique cette dite authenticité romantique de sorte que l’idée génère l’œuvre. Ainsi, même les idées les plus tragiques, les plus lourdement connotées sur le plan émotif, sont mises en images avec une logique implacable, voire absolue. Anti-subjectives, même iconoclastes, les œuvres de Ader démontrent cependant à quel point l’art conceptuel est redevable à l’esthétique du sublime, à cette idée de l’expérience du sentiment plutôt que de sa représentation. Les motifs et même les supports à l’image qui, s’ils ne sont pas carrément nostalgiques sont, disons, non-contemporains, amplifient ce lien à l’esthétique du sublime. Assez curieusement en ce sens, l’œuvre de Ader se retourne dès lors sur elle-même, encourageant une sorte de culte romantique de l’objectivité de l’art conceptuel.
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