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Tunis. Chaque jour, matin et soir, les étourneaux assaillent les arbres de la large promenade de l'avenue Bourguiba. Ils tourbillonnent et piaillent jusqu'à couvrir les conversations aux terrasses des nombreux cafés. Dans la salle obscure d'un théâtre, un soleil artificiel s'éveille et pointe ses chauds rayons sur la toile peinte d'un parc public, un sol jonché de feuilles mortes, un banc esseulé et deux chaises de jardin qui invitent au repos autour d'une petite table ronde. Le décor exhale les dernières douceurs d'un été indien mordoré. Il appelle à la rêverie. Effluves d'opéra : se déploie la voix de Farinelli, magnétisée de beauté. Deux hommes en costume s'assoient, se lèvent, changent de place, indécis. Silence. Solitaires à deux, ils sont plongés dans leurs pensées puis, avec difficulté, articulent quelques mots pour enclencher le sujet d'un premier échange : les nuages. Tout à coup, ceux-ci deviennent à leurs yeux chèvres, vaches, gazelles, lions la bouche bée, pourvus de queue, de dents... Le temps passe. Ils restent assis. La discussion s'acère. Broutilles, jacasseries, velléités et petits agacements. Seul se meut le décor, comme tourne lentement la terre, sans qu'ils s'en aperçoivent.
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