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Cinquante ans auparavant, en 1965, au lendemain de la rébellion de Watts - 6 jours de fureur contre l’oppression économique et le racisme policier dans ce quartier de Los Angeles - S. Nengudi regarde passer les gardes nationaux qui affluent vers les rues encore fumantes. Le bilan est lourd : 34 morts, plus de 1000 blessé·e·s, plus de 3000 arrestations, un quartier aux habitations et commerces ravagés - et une prise de conscience cinglante qui va façonner des générations d’artistes, d’intellectuel·le·s et d’activistes comme seule la Renaissance de Harlem l’avait fait auparavant. En 1965, S. Nengudi est tout juste diplômée de la California State University où elle a étudié l’art et la danse. Elle enseigne au Watts Towers Arts Center dirigé par Noah Purifoy et regarde déjà les possibilités émancipatrices et réparatrices offertes par les contacts entre performance, sculpture, assemblage et rituels. Comme tous les artistes affilié·e·s à Watts dont Barbara McCullough, avec qui elle collaborera, elle cherche un langage artistique adapté au contexte social, politique et esthétique. Souhaitant rompre avec l’Occident, elle part même au Japon, mais c’est bien à L.A., au milieu 1970, qu’elle va trouver son propre vocabulaire artistique. Aux côtés de B. McCullough, Maren Hassinger, Franklin Parker, Houston Conwill, Ulysses Jenkins, et plus occasionnellement de David Hammons et d’autres, il·elle·s forment le collectif Studio Z. Intéressé·e·s par le jazz, l’improvisation, la danse, et rassemblé·e·s par l’envie d’interactions performatives avec leurs pratiques il·elle·s collaborent et expérimentent avec des matériaux négligés et des espaces oubliés. L’expérience de la grossesse est un autre facteur important pour S. Nengudi, qui commence à utiliser des paires de collants usagés dans ses installations en 1974. Reflétant l'élasticité du corps et la résilience de la condition féminine, elle les étire à la limite de la rupture, les remplit de sable et crée des faisceaux de lignes et de protubérances, où la temporalité des matières naturelles met en tension la finesse de la membrane synthétique. Loin de toute neutralité, cet objet qui accompagne l’entrée des femmes dans le monde du travail, permet aussi de changer de couleur de peau et demeure pour S. Nengudi, un carcan patriarcal. Si, à l'image de Revery-R, elles sont présentées ici en qualité de sculptures, ces œuvres constituent également une invitation à l'action. En 1977, S. Nengudi débute cette série sous le titre R.S.V
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