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En 1964, lors de sa première exposition personnelle à la galerie Saint-Laurent (Bruxelles), Marcel Broodthaers (Saint-Gilles (Bruxelles), 1924. Cologne, 1976), décide d'emplâtrer les invendus de son quatrième recueil de poésies Pense-Bête. Par ce geste performatif, il transforme sa production littéraire en objet, le livre devenant le principal matériau de son expression plastique. Cet acte transgressif, par lequel il rend impossible la lecture de son travail poétique, témoigne d'une volonté de reconfigurer sa pratique de l'écriture dans le champ des arts visuels. Néanmoins, Marcel Broodthaers reste un poète. Revendiquant à la fois l'héritage de Mallarmé et de Magritte, il entend bien poursuivre dans son travail plastique sa réflexion sur le langage. Dorénavant, son expression poétique prendra forme dans le questionnement et la mise en abyme de la fonction cognitive du langage. Entre 1965 et 1966, l'intérêt qu'il porte à la moule dans son travail n'est, en ce sens, pas anodin. Ses œuvres composées durant ces deux années, souvent rattachées à tort au mouvement des Nouveaux Réalistes français par cette pratique d'accumulation d'objets de consommation, semblent nous livrer, non sans humour, une version linguistique du mollusque préféré des tables belges, qui est à la fois, selon la figure rhétorique de la tautologie, contenant et contenu.
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In 1964, during his first personal exhibition at the gallery Saint-Laurent (Brussels), Marcel Broodthaers (Saint-Gilles (Brussels), 1924 - Cologne, 1976), decides to plaster the unsold copies of his fourth poetry collection Pense-Bête. By that performing action he transforms his literary production into an object, with the book becoming the major material of his vis-ual expression. The transgressive action by means of which he makes the reading of his poetic work impossible demonstrates the desire to re-configure his writing into the field of visual arts. But Marcel Broodthaers nevertheless remains a poet. Claiming both the legacy of Mallarmé and Magritte, he intends to continue his reflection on language in his plastic work. From now on, his poetic expression will be shaped in the questioning and the mise en abyme of the cognitive function of language. Between 1965 and 1966, his interest for mussels in his work is not trivial in that sense. The work he created in those two years, often mistakenly linked to the movement of the New French Realists, because of the ac-cumulation of consumption goods, seems to reveal to us, not without humour, a linguistic version of the favourite mollusc on the Belgian dinner plates, which is simultaneously recipient and content according to the rhetoric figure of tautology.
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