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Imaginez un multiplexe à six étages, avec des guichets d'entrée, des cinémas, des salles de conférence et de théâtres, des centres d'information et de médias, des bibliothèques, une boutique de livres et de cadeaux, une cafétéria, un bar-restaurant et, bien entendu, des espaces d'exposition. Il s'agit du Centre Pompidou à Paris. Distribuez ces fonctions au sein d'une vaste cour emmurée, avec une profusion de bâtiments différents et toutes les attractions de la promenade architecturale: c'est le MuseumsQuartier de Vienne. Éparpillez-les davantage au sein d'une ville rénovée dont les festivals traditionnels et la vie intellectuelle contemporaine peuvent être reprogrammées en tant qu'événements du calendrier touristique: vous avez l'ensemble du centre-ville de Barcelone. Les États-providence sont peut-être en voie de rétrécissement, mais certainement pas le musée. Ce dernier est en fragmentation, et pénètre toujours plus profondément et plus organiquement dans les mailles complexes de la production sémiotique. Ses sous-produits - le design, la mode, le spectacle multimédia, mais également les technologies relationnelles et le consulting en management cognitif - se trouvent parmi les forces directrices de l'économie contemporaine. Nous sommes loin de la notion moderniste du musée en tant que collection de grandes oeuvres, présentées aux yeux de tous comme service public. On parlera plutôt de laboratoires proactifs de l'évolution sociale. Ce sont des musées qui travaillent, des musées qui font partie de l'économie dominante et qui se transforment à une vitesse imposée aussi bien par l'Etat que par le marché. Est-il possible d'utiliser ce vaste développement de l'activité culturelle pour autre chose que la promotion du tourisme, de la consommation, le traitement en vrac de l'attention et de l'émotion humaine? La réponse dépend de la disponibilité de deux denrées rares, qui peuvent aussi être des marchandises: la pratique de la confrontation et la critique constructive.
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Stellen Sie sich ein sechsstöckiges Multiplexgebäude vor, mit Eingangs- und Kassenbereich, Kinos, Konferenzsälen und Veranstaltungshallen, Medien- und Informationszentren, Bibliotheken, Buch- und Geschenkartikelläden, Cafeteria, Restaurant, Bar und natürlich auch Ausstellungsräumen: das Centre Pompidou in Paris. Verteilen Sie diese Funktionen in einem riesigen Innenhof, mit mehreren Gebäuden und allen Attraktionen einer architektonischen Promenade: das Museumsquartier in Wien. Verstreuen Sie diese weiter in einer renovierten Stadt, deren traditionelle Feste und deren zeitgenössisches intellektuelles Leben zu Veranstaltungen im Tourismuskalender umprogrammiert werden: die gesamte Stadt Barcelona. Der Wohlfahrtsstaat mag zwar schrumpfen, sicherlich aber nicht das Museum. Letzteres befindet sich eher in einem Prozess der Fragmentierung, dringt immer tiefer und organischer ein in das komplexe Geflecht semiotischer Produktion. Seine Nebenprodukte wie Design, Mode, Multimediaspektakel, aber auch Beziehungstechnologien und über den Museumsbetrieb hinausgehendes Consulting gehören zu den treibenden Kräften heutiger Ökonomie. Von der modernistischen Auffassung des Museums als Sammlung großer Werke, die als öffentliche Dienstleistung ausgestellt werden, sind wir weit entfernt. Stattdessen sprechen wir über aktive Laboratorien sozialer Entwicklung. Wir sprechen von arbeitenden Museen, von Museen, die Teil der herrschenden Ökonomie sind und sich mit zunehmender, durch Staat und Markt auferlegter Geschwindigkeit verändern. Ist es unmöglich, diese gewaltige Entwicklung kultureller Aktivität für irgend etwas anderes zu nutzen als für die Förderung von Tourismus, Konsum und die schubweise Abfertigung der Aufmerksamkeit und des Gefühls von Menschen? Die Antwort hängt vom Vorhandensein zweier schwer fassbarer Grundvoraussetzungen ab: einer Praxis der Konfrontation und konstruktiver Kritik.
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