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L’image du « baril de poudre balkanique » semble partagée à bien des égards et il serait intéressant pour une bonne compréhension des lignes qui vont suivre de revenir brièvement sur le regard porté par certains penseurs sur les idées d’imaginaire et d’imagination. Ces notions ont été traitées par certains philosophes tels que Platon, Spinoza ou Kant, ainsi que par des psychanalystes tel que Carl-Gustav Jung, lequel introduisit l’idée d’inconscient collectif, qui regrouperait l’ensemble des imaginaires personnels. Pour l’écrivain André Breton (1966), l’imaginaire est ce qui tend à devenir réel. Du point de vue des sciences sociales, des anthropologues comme Mircea Eliade, Claude Lévi-Strauss et Gilbert Durand ont développé la notion d’imaginaire à travers les représentations, les mythes ou encore les croyances communes qui permettraient de structurer nos sociétés. Dans un entretien, Durand définit l’imaginaire comme un fond commun : « Le musée de toutes les images, qu’elles soient passées, possibles, produites, ou à se produire.7» Il ajoute que si l’imaginaire peut se présenter par exemple dans les rêves, il peut aussi prendre des formes plus abouties comme dans les mythes, les arts voire dans les productions télévisuelles ou cinématographiques. Du point de vue spatial, la notion « d’imaginaire géographique » a été mise en avant pas certains géographes français (Debarbieux, Lussault) et peut être défini comme: « l’ensemble d’images mentales en relation qui confèrent, pour un individu ou un groupe, une signification et une cohérence à la localisation, à la distribution, à l’interaction de phénomènes dans l’espace. » (Lévi, Lussault, 2003, p. 489). Selon le dictionnaire de Lévi et Lussault, il existerait toujours une forte réticence à inclure cette notion dans le champ académique qui serait due à l’idée « très platonicienne, que l’imaginaire se définit en contrepoint de la réalité». » (2003, p. 490).
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