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Le texte de La Boétie a été écrit au milieu du XVI siècle, au moment où se met en place la société de cour, qui va secréter en un siècle le français aujourd’hui officiel, républicain. La Boétie se demande comment peut-on en arriver à vouloir se laisser asservir dans la société de cour, à vouloir quitter son terroir pour devenir, à ses frais, un rouage infime de la machine de pouvoir. "Le redoublement des questions, le redoublement des réponses, la quête obstinée du mot propre à nommer l’innommable, et de ce fait, l’abondance des dénominations, dont aucune ne constitue le mot de la fin, caractérisent la stratégie rhétorique de La Boétie."[8] La première traduction en "français moderne" a lieu sous la Restauration, donc au XIX siècle, juste après la période révolutionnaire et bonapartiste. De l’aveu même du traducteur le texte a été adapté au goût du lecteur de l’époque, friand en dénonciation de toute forme de pouvoir, et notamment de la monarchie restaurée. Mais le rythme a été changé, les répétitions enlevées, des mots carrément translatés à l’époque contemporaine de cette traduction, tel mirmidon (sorti d’une chanson de l’époque) pour hommeau (qu’au XX siècle on traduirait par petit homme ou hommelet); le texte devient libelle, historicisé, approprié, et plus tard illisible dans un autre contexte. Alors que l’original est une interrogation en première personne du singulier, la traduction fouaille chez le lecteur, par un vous inquisiteur, la supposée compromission du lecteur avec le désir de servir, ou flatte son mépris pour les autres par l’usage d’un on vague et lâche. La recherche de liberté se transforme en accusation populiste.
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